« ECRIRE EN ALLEMAND. POURQUOI ? COMMENT ? »

Comment écrire une scène de scénario de film ?

, par Nicole Durot

En bref

Domaine de travail
Amener les élèves à écrire une scène de scénario du film Wie Licht schmeckt (roman de Friedrich ANI, scénario de Stephan KNÖSEL)

Formes sociales
Les élèves ont travaillé en groupe. Si la moitié du scénario a été lue à la maison, la quasi totalité de ce qui a été fait en amont de l’écriture et l’écriture elle-même a été réalisée en classe. Des séances en plénière ont permis des synthèses, précisions et des apports lexicaux.

Sens de l’écriture
S’approprier les spécificités du genre « scénario » afin d’être en mesure d’écrire une scène pouvant s’intégrer dans un scénario déjà existant (style, thématique, logique de l’enchaînement, vraisemblance… respectés)

Problématique
Dans quelle mesure les activités langagières que sont la compréhension de l’écrit (lecture d’un chapitre du roman, de la moitié du scénario) et de l’oral (intervention du scénariste pendant six heures), et l’expression orale en continu (élèves proposant des résumés/synthèses des situations …, réalisant des portraits des personnages) et en interaction (échanges avec le scénariste, improvisation) peuvent-elles être mises au service de l’expression écrite, l’objectif étant l’écriture d’une scène ?

Classe
20 élèves de 3ème bilangue inscrits en Section Européenne au collège Claude Debussy de Saint-Germain-en-Laye. Travail réalisé durant les séances de SE.

Ce travail a eu lieu en mars. A ce stade de l’année, les élèves avaient en majorité le niveau A2. Quelques-uns avaient le niveau A2+ et une minorité (3 élèves) le niveau B1.

C’est le niveau B1 qui a été ciblé, notamment les descripteurs suivants du CECRL :

- « Comprendre / Ecouter » :

  • Je peux comprendre les points essentiels quand un langage clair et standard est utilisé et s’il s’agit de sujets familiers. […]
    - « Lire »
  • Je peux comprendre des textes rédigés essentiellement dans une langue courante … .
    - « Parler / Prendre part à une conversation »
  • Je peux prendre part sans préparation à une conversation sur des sujets familiers […]
    - « S’exprimer oralement en continu »
  • Je peux m’exprimer de manière simple afin de raconter des expériences et des événements … . […]
  • Je peux raconter une histoire ou l’intrigue d’un livre ou d’un film et exprimer mes réactions.
    - « Ecrire »
    Je peux écrire un texte simple et cohérent sur des sujets familiers. »

Mise en oeuvre

Inscription de l’activité d’écriture dans la séquence : déroulement des différentes activités proposées

1-Contexte de l’expérimentation

L’œuvre retenue dans le cadre du stage 2011-2012 « Lecture suivie en allemand »était le scénario du film Wie Licht schmeckt écrit par Stephan KNÖSEL. Ce dernier est intervenu pendant le stage, il a également assisté en mars 2012 durant trois semaines consécutives aux deux heures hebdomadaires de la section européenne.

2-Synopsis

Le film raconte les aventures du Munichois Lukas qui, à l’occasion de son 14ème anniversaire, s’offre trois journées de totale liberté dans Munich – en dépit de l’interdiction de ses parents.

Lors de ses pérégrinations estivales – c’est le tout début des vacances d’été -, il fait la connaissance de Sonja, jeune aveugle de 17 ans dont il tombe amoureux. Il l’accompagne ainsi que Vanessa, meilleure amie de Sonja, à la piscine. Sonja le sauve de la noyade. Le maître nageur lui demande ensuite le n° de téléphone de ses parents mais Lukas ne donne pas le bon. Cet épisode se situe environ au milieu du scénario.

Le sujet d’ expression écrite que j’avais retenu était le suivant : « Lukas gibt dem Bademeister die richtige Telefonnummer : Wie geht der Film weiter ? »

Mais avant d’en arriver au travail d’écriture, il y a eu différentes étapes préparatoires qui ont permis d’entraîner les quatre autres activités langagières.

La 2ème partie du film présente principalement l’évolution de la relation entre Lukas et Sonja.

3 - Avant la venue de Stephan KNÖSEL : compréhension de l’écrit

a) Lecture individuelle en classe du 1er chapitre du roman.
Il s’agissait, à l’aide d’un questionnaire, de recueillir des informations sur le héros et sa famille.
Volontairement, je n’ai pas donné d’aides lexicales aux élèves, dans la mesure où j’aurais dû leur en donner beaucoup trop. Etant donné la nature des éléments à trouver, ils pouvaient procéder à cette lecture « déchiffrage », comme en musique, en autonomie.
Lorsque, en plénière, nous avons fait la synthèse des renseignements à trouver, cela a été l’occasion d’un apport lexical.

b) Lecture à la maison du scénario jusqu’à la scène de la piscine.
Je n’ai pas non plus donné d’aides lexicales, mais le scénario se lit plus aisément que le roman.
En plénière, l’accent a été mis sur

  • le début du scénario afin de mettre en évidence analogies et différences,
  • les scènes qui me semblaient fondamentales dans le cadre des rapports entre Sonja et Lukas.

Ce fut également l’occasion d’un enrichissement lexical.

4 - Travail en présence de Stephan KNÖSEL

a)1ère séance
Ce travail s’est fait à deux voix, j’ai laissé S. KNÖSEL mener les échanges avec les élèves, n’intervenant que pour compléter, préciser etc.
Une élève a commencé par présenter en oral en continu un résumé des scènes lues ce qui a débouché sur de l’interaction. Les thèmes abordés ont pu être approfondis, notamment les relations entre les membres de la famille de Lukas.
S. KNÖSEL a également expliqué sommairement ce qui caractérise un scénario.

b) 2ème séance
S. KNÖSEL a suggéré de faire faire de l’improvisation et a mené le débat avec les élèves leur demandant
- ce qui pouvait se passer après le sauvetage,
- ce qu’ils pensaient des relations entre Lukas, Sonja et Vanessa,
- et pourquoi Lukas et Vanessa ne s’apprécient pas.
C’est avec son regard de scénariste qu’il a apporté des précisions quant aux rapports entre les personnages principaux.
Différentes « pistes » ont ainsi pu être mises en évidence et le travail préparatoire à l’improvisation, très rapide, a alors pu avoir lieu.
Des groupes ont été constitués (3/4 élèves) par les élèves eux-mêmes, en fonction des affinités. S. KNÖSEL et moi pensions qu’il serait plus facile pour eux de se livrer à de l’interaction/improvisation en étant avec des partenaires choisis. De plus, il s’agissait pour les élèves d’être convaincants !

Cette 1ère improvisation ne fut pas chose aisée pour tous (difficultés à mobiliser ses connaissances lexicales « instantanément », quelques entraves d’ordre linguistique). Afin que les élèves gagnent en confiance, S. KNÖSEL a proposé de faire le même travail en français. Indéniablement, du point de vue du « jeu », ce fut beaucoup plus probant et les élèves ont pu faire preuve de davantage d’imagination.

Je suis intervenue à l’issue de cette étape : à partir des situations jouées, j’ai demandé aux élèves de dresser une liste du vocabulaire allemand à utiliser dans ces cas-là, ce qui a été l’occasion de « dédramatiser » puisqu’ils connaissaient le lexique à utiliser et ont pu jouer ensuite la scène en allemand.

c) 3ème séance
Elle a été consacrée aux ateliers d’écriture.
En préambule, S. KNÖSEL a exposé les points essentiels pour lui lors du travail d’écriture.
Was ist wichtig beim Schreiben einer Geschichte ?
- cool bleiben,
- es soll Spaß machen,
- man soll sich nicht langweilen.

Il a d’autre part développé les spécificités d’un scénario rapidement évoquées lors de la 1ère séance, rappelant que contrairement au roman, il s’agissait d’une « reduzierte, minimalistische Schreibweise ».
Quant au scénario qui était notre support, il a insisté sur l’évolution du personnage qui est fondamentale.

A partir de la consigne, il a demandé aux élèves d’imaginer comment pouvait se poursuivre le film. A partir des hypothèses, du nombre de personnes mises en scène, il a mis les élèves en garde contre des erreurs à éviter :
- ne pas vouloir faire jouer trop de personnes, ce qui rend l’écriture difficile, (2 ou 3 conviennent)
- il et préférable que les choses ne s’arrangent pas : sans conflit plus de film, en l’occurrence, il s’achève trop vite (il y a une durée de film « imposée »). Son conseil fut donc d’imaginer une situation avec conflit, ce que les élèves n’avaient pas envisagé. « Solange es einen Konflikt gibt, geht der Film weiter. »

Une nouvelle consigne a donc été donnée : il s’agissait d’imaginer la fin du film.

C’est ensuite que les ateliers d’écriture se sont déroulés. Entre eux, les élèves n’ont pas toujours échangé en allemand (notamment lors de la recherche d’idées), ils le faisaient toutefois quand S. KNÖSEL et moi passions dans les différents groupes (constitués de la même façon que lors de la 2ème séance).

Une fois les scènes écrites (pendant 15 minutes environ), les élèves les ont jouées.

5 - Travail après le départ de Stephan KNÖSEL

Les différentes scènes ont été reprises par les élèves ; il s’agissait de les améliorer, tant d’un point de vue linguistique et lexical que d’un point de vue « technique » (respect des spécificités du scénario). J’ai corrigé cette nouvelle version et les élèves ont dû apprendre ensuite leur rôle, la tâche finale consistait à jouer les différentes scènes, ce qui a été filmé.

Bilan

Si l’objectif était l’expression écrite, les phases préalables mettant en œuvre les autres activités langagières ont été importante et se sont révélées être une aide précieuse.

Ainsi que S. KNÖSEL et moi avons pu le constater, les élèves ont gagné en confiance et en aisance dans le cadre de l’expression orale (une nette progres-sion a pu être notée), ce qui les a aidés dans le cadre de l’écrit.

Savoir qu’ils joueraient la scène dont ils étaient les auteurs et qu’ils seraient filmés a été incontestablement un élément de motivation.
Mais ce que les élèves ont énormément apprécié et ce qui les a motivés davantage encore a été d’avoir le privilège de pouvoir travailler avec un scénariste/romancier qui a toujours été à l’écoute des élèves, positif et encourageant.

Annexes

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