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Introduction au dossier « Entraîner, évaluer la compréhension orale »

jeudi 14 octobre 2010, par Catherine Torres

ENTRAINER, EVALUER LA COMPREHENSION ORALE

 Une compétence première et primordiale

L’étude du langage et de son acquisition a connu grâce aux neurosciences et à l’imagerie cérébrale des évolutions importantes depuis la deuxième moitié du 20ème siècle. Ces progrès concernent en particulier ce qui relève de la réception orale et l’étude des mécanismes qui sous-tendent le processus de reconnaissance et d’acquisition des sons, des phonèmes, du langage.

La réception orale est, dans l’acquisition d’une langue, une activité souvent première, pour la langue maternelle, mais aussi, dans une moindre mesure peut-être, pour les autres langues. Dans l’ensemble des langues existantes, 600 consonnes et 200 voyelles ont été répertoriées. Chaque langue utilise à peu près 40 éléments distincts, 40 phonèmes. Il est à souligner que les bébés discriminent aussi des unités phonétiques qui n’appartiennent pas à leur langue, ce qui n’est plus le cas à partir de 12 mois. Les discriminations qui ne sont plus pertinentes dans la langue première sont inhibées. La capacité à discriminer des sons ou des fréquences qui ne sont pas utilisées dans la langue première disparaît, un filtre se met ainsi en place, rendant l’apprentissage d’autres langues plus difficile. La palette des sons du français et de l’allemand est relativement identique, ce qui lève un certain nombre d’obstacles. Hormis la présence en allemand du h aspiré que l’oreille française ne distingue pas aisément, la différence pertinente entre les deux langues se situe davantage au niveau des fréquences et des accents de mots et de phrases inexistant dans la langue française.

L’exposition à la langue permet à l’enfant de se composer un répertoire de sons référés à un code acoustique, de se dessiner une carte de sons. Cette expérience première conditionne l’apprentissage de la prise de parole.

Par ailleurs, il est à souligner que la réception est première dans l’expression orale interactive : il s’agit en effet tout d’abord de comprendre l’interlocuteur pour adapter la réponse. Dans le programme du palier 1 est soulignée la place stratégique de la compréhension orale qui conditionne la prise de parole des élèves.

 Spécificités de la compréhension orale

L’oral en langue vivante, de façon générale, a été longtemps négligé : Enseigner une langue c’était presque exclusivement faciliter l’accès aux textes, à la littérature. L’exercice de traduction (de médiation) constituait l’activité essentielle du cours de langue.

Suite aux évolutions technologiques des années 1960-70 et à l’avènement de l’ère de l’audio-visuel, la primauté de l’oral – en particulier l’expression orale – a été affirmée dans les textes officiels et les programmes même l’écrit continuait de prévaloir dans les évaluations, l’oral étant évalué sous forme de participation au cours. Des exercices structuraux inspirés des théories béhavioristes de l’apprentissage (stimuli- réponse adaptée) ont pris place dans les cours de langue. La tâche du professeur est alors de solliciter la prise de parole de l’élève. Par un questionnement magistral inspiré de la maïeutique socratique, il suscite et guide les réponses de l’élève.

Depuis le plan de rénovation des langues et la mise en œuvre de programmes adossés au cadre européen commun de référence pour les langues, les différentes activités langagières sont également valorisées et s’inscrivent dans un repère orthonormé comportant sur l’axe horizontal des descripteurs sur l’axe vertical des niveaux de compétence, de A1 à C2, sachant que le niveau visé en fin de terminale oscille entre B1 et B2 en fonction des activités langagières et du statut de langue apprise.

L’expression orale est évaluée selon une grille de critères au baccalauréat STG depuis la session 2007. La fluidité de l’expression orale constitue certes une réelle difficulté pour l’évaluation, mais elle peut être compensée par la grille d’observation d’une part, par l’enregistrement aisément réalisable de la production sur support numérique (MP3, CD, DVD…), ce qui permet de multiples écoutes.

La compréhension orale, expérimentée deux années successives au baccalauréat STG en 2008 et 2009, reste difficile à évaluer, voire à entraîner, même si l’accès à des supports authentiques adaptés au niveau des élèves a été ces dernières années largement facilité (banque de sons www.audio-lingua.eu par exemple). Comment repérer ce que l’élève comprend sans évaluer la compréhension écrite des items proposés, sans évaluer également la restitution écrite ou orale ? Comment repérer les difficultés qu’il rencontre ?

 Qu’est-ce qu’entraîner la compréhension orale ?

Faire écouter un document, proposer différents items à cocher, puis donner la solution lors de la mise en commun ne peut en aucun cas constituer un entraînement efficace. L’élève qui n’a pas compris le texte et à qui on apporte les réponses attendues sans l’aider à déterminer l’origine de ses difficultés, à analyser la pertinence des stratégies qu’il met en œuvre ne peut, au moment de la mise en commun, que se sentir condamné à un échec répété.

Entraîner la compréhension orale, c’est :

  • Proposer plusieurs situations sur une même thématique ou sur des thématiques proches un même champ lexical, séparées par des phases de lecture, d’expression écrite ou orale permettant de mémoriser le lexique
  • Favoriser l’attention ? (attention vient de ad-tendere : tendre vers…)
  • Il convient donc d’une part de déterminer l’objet susceptible de focaliser l’attention, d’autre part d’installer des conditions favorables à l’écoute (silence, concentration…)
  • Motiver l’écoute, lui donner du sens en l’inscrivant dans un projet pédagogique susceptible d’intéresser les élèves dans le cadre du programme culturel. L’écoute doit être motivée, s’inscrire dans une séquence qui lui donne tout son sens : l’élève écoute pour apprendre, comprendre, rêver….
  • Solliciter l’attention et la concentration, veiller à installer un climat de classe favorable
  • Mettre les élèves en confiance (en s’appuyant sur leur réussite, en fournissant des aides)
  • Entraîner la mémorisation Dès les premiers temps de l’apprentissage, la mémoire auditive est sollicitée pour permettre aux élèves de reconnaître et de reproduire les phonèmes et les schémas intonatifs et accentuels de la langue étudiée. Mémoriser des comptines, puis des poésies, des chansons… aide à enrichir et renforcer le répertoire des sons, des mots, des structures
  • Favoriser la mise en œuvre de stratégies (éventuellement en fournissant des repères)
  • Proposer des situations d’entraînement permettant à l’élève de repérer ses compétences, mais aussi ses difficultés éventuelles
  • Instaurer des temps de bilan, de mémorisation du lexique entre deux situations d’entraînement
  • Jouer sur la connexion et l’interdépendance entre la compréhension orale et les autres activités langagières (lire, écrire, parler pour mieux écouter…) dans le cadre de travaux par groupes de compétence par exemple
  • Donner à chacun des axes de progrès (en s’appuyant sur les descripteurs du CECRL) pour faciliter le passage de A1 à A2, de A2 à B1, de B1 à B2.

Les difficultés liées au décryptage du message peuvent se situer à différents niveaux :
- Au niveau du décodage acoustique, du repérage des sons, en particulier concernant la perception des sons qui n’appartiennent pas à la langue maternelle.
- Au niveau du décodage phonétique, du repérage des phonèmes et des unités de son Il est à noter que la langue allemande ne présente pas de difficulté particulière pour les français à ce titre.
- Au niveau du décodage phonologique et du repérage des intonations, des accents.
- Au niveau du décodage lexical et du repérage des mots (unités de sens). Des mots familiers dans un contexte nouveau ou perturbé peuvent ne pas être facilement identifiés. Qui n’a pas fait l’expérience de la difficulté à reconnaître certains mots, très connus, même dans sa langue maternelle, dans un film, une chanson, une conversation … ? Il peut être difficile de discriminer des unités de sens (lexèmes) même sur une chaîne sonore plus ou moins standard à cause de quelques variations de prononciation (dialectes, variations régionales ich/ einig / haben / Durst …) L’allemand présente de ce point de vue un certain nombre d’atouts : absence de liaisons, prononciation de toutes les lettres, parallélisme graphie et phonie.
Le déficit lexical avéré chez certains élèves constitue un obstacle majeur pour l’accès au sens : un répertoire lexical trop restreint ne permet pas en effet de mettre en œuvre des stratégies de compensation, de déduction ou d’inférence.
- Au niveau du décodage sémantique : La construction du sens s’appuie bien évidemment sur les décodages précédents mais dépend également, en fonction des documents, de tout un réseau complexe de savoirs culturels et civilisationnels, de représentations, du raisonnement logique mais aussi de l’imagination…. Un élève peut très bien avoir identifié le sens de différents mots, mais ne pas avoir été capable de construire le sens global. Comment l’aider dans cette approche progressive du sens ? Quelles étapes intermédiaires peut-on proposer ?

Il s’agit, dans la mesure du possible, de proposer un accompagnement personnalisé pour permettre à chaque élève d’être capable d’une part d’accéder au sens du document sonore, d’autre part d’en assurer la restitution, écrite ou orale. Les nouvelles technologies ( MP3, labo multimédia, baladodiffusion, tableau numérique interactif ) permettent de proposer des entraînements à partir de supports variés et différenciés en fonction du niveau de compétence des élèves.

Le groupe de formateurs de l’académie de Versailles a travaillé cette année sur cette problématique spécifique. Les interventions de Madame Anne Christophe, chercheur au CNRS dans le domaine des sciences du langage et de Monsieur Raymond Nicodème, Inspecteur Général d’Allemand ont apporté des éclairages différents qui ont nourri la réflexion commune et les échanges.

Les formateurs ont ensuite construit des séquences ou des séances dont un des objectifs phares était l’entraînement de la compréhension orale. Les comptes rendus de ces expérimentations sont disponibles sous forme de fiches jointes en annexes qui ne constituent pas des modèles à suivre, puisqu’elles répondent à des situations de classe particulières analysées avec soin, mais apportent des éléments de réflexion intéressants dont chacun pourra sans doute tirer le meilleur profit.


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