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« Entraîner, évaluer la compréhension orale »

Les grilles de compréhension de l’oral : aide ou entrave ?

vendredi 1er octobre 2010, par Cécile Brunet

Stratégies d’écoute et dynamique de progrès

 Présentation de l’expérimentation

-  Classe concernée par l’expérimentation :
1ère STG
- Diagnostic :
La compréhension de l’oral est une activité angoissante pour les élèves : elle les renvoie à leurs lacunes lexicales. Mais en réalité, il s’agit également de lacunes dans la stratégie d’écoute : d’abord dans la concentration qu’exige cette activité, mais aussi pour la hiérarchisation des éléments entendus et reconnus, ainsi que pour l’élaboration du sens général. Lors d’entraînements à la compréhension de l’oral, le fait de « remplir » des grilles ne garantit pas toujours une réelle compréhension des documents proposés.
- Objectifs  :

  • Il s’agit en situation de réception d’améliorer les compétences des élèves pour leur permettre de comprendre l’essentiel de messages oraux élaborés (émissions radiophoniques ou télévisées, documentaires), de suivre une argumentation complexe énoncée dans un langage standard, d’effectuer un travail interprétatif qui, au-delà de l’explicite, vise une compréhension de l’implicite, d’identifier le point de vue du locuteur.
  • Concernant la mise en œuvre, l’objectif est de diversifier les documents de repérages en tentant d’une part de mieux comprendre où se situent les difficultés des élèves, et d’autre part leur fournir des outils afin de progresser en les entraînant à élaborer des stratégies pour guider leur écoute.

- Niveaux visés : B1 / B2 lycée

 La mise en œuvre de l’expérimentation

Une action de collecte pour aider les habitants d’Haïti organisée dans mon établissement a été le point de départ. La course contre la faim prévue le 7 mai donne un cadre qui permet d’inscrire un projet commun : réaliser des affiches afin d’informer et motiver les élèves du lycée à y participer. Au final, un article devra être rédigé pour le blog du lycée. Il nous faut donc collecter des informations afin de savoir comment on peut rendre compte de ce type d’actions. Dans ce but, nous allons – entre autres activités - écouter différents documents : un premier document audio informatif sur « das Rote Kreuz » [1] ; un autre document audio qui rend compte d’une action organisée par un lycée en Autriche, une vidéo d’information sur le commerce équitable.

1. Document « das Rote Kreuz »
Le document « das Rote Kreuz » permet de faire les observations suivantes :
Afin de mieux comprendre où se situent les difficultés, les élèves reçoivent d’abord une grille de repérage en allemand (les entrées de la grille guident le travail de repérage) que chacun remplit après l’écoute. Dans un deuxième temps, ils fournissent un compte rendu en français, par écrit et individuel dans lequel je leur demande de noter ce qu’ils ont compris et les difficultés rencontrées.

Plusieurs cas de figure sont alors recensés :
Dans les grilles collectées, quelques élèves transcrivent phonétiquement sans tout à fait comprendre. (Voire sans ne rien comprendre… parfois). Certains laissent un blanc ou utilisent des points de suspension pour indiquer qu’ils ont conscience de ne pas comprendre un élément qui leur semble important : ils ont donc su se repérer dans le discours, mais sont face à une lacune lexicale. L’un des élèves note sur son compte rendu :

« le temps que je capte un mot, 10 autres phrases ont été prononcées ! »

Une autre ajoute :

« le temps qu’on se rappelle ce que le mot veut dire, il n’est déjà plus d’actualité, il parle d’autre chose ».

Il s’agit de lacunes lexicales, mais aussi d’une surcharge d’informations : il faut donc apprendre à trier, hiérarchiser les informations pour ne retenir que celles qui seront nécessaires et pertinentes pour l’objectif du travail de compréhension.

Ce double constat se confirme avec le compte rendu pour lequel ils doivent rendre compte de façon structurée, sans se contenter de redonner des mots notés de façon éparse sur leur grille d’écoute. Il s’avère de plus, que pour une partie d’entre eux, il n’y a que peu d’articulateurs et de connecteurs :
- ils n’ont donc pas accédé à la cohérence interne du document,
- ils sont restés concentrés sur le mot sans accéder au sens général.

2. Document sur une action organisée par un lycée autrichien
Le prochain document est écouté après l’étude d’un texte portant sur des formes de partenariat entre des écoles allemandes et d’autres situées dans le tiers monde.

Consigne :

„Wir werden ein Dokument über eine Hilfsaktion hören. Welche Informationen werden wir wohl bekommen ?“ („Bildungschancen für Malifrauen“ ) [2]

Nous décidons d’élaborer une grille d’écoute commune. Chaque élève la prépare individuellement, puis nous mettons en commun. Déjà, il y a de grandes différences entre eux : certains ont une grille (et donc une attente) assez complète, alors que quelques élèves ont bien des difficultés à prévoir ce qu’ils vont entendre.

La grille finale : Hilfsaktion [3]

 [4]

Une telle grille prépare leur attente et permet à l’ensemble de la classe de partir sur les mêmes bases. Le fait que la grille soit élaborée par les élèves constitue un facteur de motivation : ce sont eux qui se mettent d’accord sur ce qu’ils vont chercher à comprendre. Le résultat de la première écoute est assez positif : la majorité des élèves a pu compléter les informations essentielles. Mais ils n’ont pas repéré un certain nombre de faits, ou bien ceux-ci sont confus : ils ont bien entendu les mots « bars, restaurants », mais ne savent pas quoi en faire. Le but de l’action est également confus : quelque chose qui concerne l’école, mais quoi exactement ?

Pour la prochaine étape, ils reçoivent donc une autre grille : il s’agit d’un questionnaire à choix multiples qui va à la fois leur servir de guidage (à quels éléments dois-je être attentif) mais aussi permet de lever quelques entraves lexicales. Il faut ajouter ici que les distracteurs peuvent avoir un effet perturbant : il est difficile de doser la part de hors sujet qu’ils doivent comporter : trop hors sujet, c’est donner la réponse sans qu’il soit nécessaire de comprendre le document. Dans le cas contraire, ils peuvent s’avérer piégeant pour les élèves…

A ce stade, plus de 80% des élèves ont accédé au sens et ont une compréhension globalement satisfaisante du document. Même les élèves les plus faibles ont compris plus de 50% des informations. Mais étonnamment, quelques élèves avaient compris que les parents et professeurs avaient contribué au financement de l’action mais avouent ne pas pouvoir dire quels éléments du document les ont conduits à cette conclusion : ces élèves sont ceux qui ont parfois des difficultés à remplir une grille, mais qui malgré tout comprennent ce dont il s’agit ! Contrairement à d’autres qui notent les éléments attendus, mais ne font pas obligatoirement le lien avec le sens.

Afin de comparer les différentes actions de solidarité possible, nous avons ensuite travaillé sur une vidéo : « Fair gehandelter Kaffee » [5] (URL de la vidéo ici) Le but est de collecter pour le groupe classe des informations concernant le commerce équitable et débattre ensuite des différentes types d’aide humanitaire.

La vidéo se compose de six parties d’environ deux minutes chacune. L’entrave principale est la multiplicité d’informations (parfois techniques) à sélectionner et à hiérarchiser. En revanche, les images sont des éléments facilitateurs sur lesquelles les élèves vont pouvoir s’appuyer pour reconstruire le sens.

Chaque groupe d’élèves prend en charge une partie de la vidéo, reçoit une grille de repérage et doit en rendre compte. La première phase de travail consiste à regarder la vidéo sans le son et à commenter les images au sein du groupe. Cette étape permet de réactiver du lexique (voire de l’acquérir avec l’aide du professeur) et de formuler des hypothèses qu’il faudra vérifier.

Outre une fiche d’aides lexicales, différentes grilles de repérages sont proposées selon les groupes, afin de les aider à cibler le tri qu’ils doivent effectuer parmi les informations. La différenciation des supports, des grilles, des tâches permet de prendre en compte la diversité des élèves : certains ont dû être particulièrement attentifs aux liens de cause et de conséquence alors que c’étaient les liens logiques et chronologiques qu’il fallait repérer pour d’autres. Pour certains, ces liens ne sont pas toujours explicites : il faut aussi en partie reconstruire le sens à partir des juxtapositions. Les champs lexicaux sont également différents : l’une des parties porte plus précisément sur la formation scolaire, l’autre sur le financement, une autre sur les changements pour la population...). La grille permet donc dans un premier temps d’effectuer le repérage du champ sémantique principal, puis des liens logiques. Ceci constituant une aide à la compréhension...

Malgré la complexité du document, tous les élèves ont été impliqués et ont pu se repérer dans la vidéo. C’est une grande satisfaction pour tous d’accéder au sens d’un document authentique et au contenu élaboré.

 Bilan et perspectives

- Cette expérimentation mêlant grilles de compréhension et comptes rendus en français a permis de mieux mettre à jour les difficultés des élèves et à tenter d’en comprendre quelques unes.
- Il semble qu’il n’existe pas de grille « parfaite » que l’on pourrait transposer d’un document à l’autre, d’un élève à l’autre.
- La grille est pour certains contraignante : ils perçoivent le sens de façon globale, sans pouvoir noter le mot précis qui leur a permis d’accéder cette compréhension. Pour d’autres, la grille est une aide qui leur permet d’être guidés dans la compréhension : c’est un cadre rassurant.


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Notes

[1] La Croix Rouge

[2] Nous allons écouter un document sur une action solidaire. D’après vous, quelles informations va-t-on nous communiquer dans ce document ?

[3] action solidaire

[4] Traduction de la grille en français

[5] café de commerce équitable


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