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Ouverture et chute du Mur de Berlin

mercredi 30 mai 2007, par Delphine Bour, Katrin Goldmann

 9 novembre 1989

Le 9 novembre 1989, en début de soirée, Günter Schabowski – secrétaire du Comité central en charge des média en RDA – donna des indications tout d’abord peu claires, et comme incidemment, sur une nouvelle réglementation des voyages pour les citoyens de la RDA. Le SED réagissait ainsi à la pression exercée par les manifestants, particulièrement à Leipzig et à Berlin. Questionné par les journalistes, Schabowski déclara que des voyages privés à l´étranger pouvaient faire l´objet d´une demande « sans indication de conditions, de causes du voyage et de liens de parenté ». Les autorisations seraient délivrées en peu de temps. Sur une nouvelle question, il confirma que, à sa connaissance, ce règlement était applicable immédiatement. Après cette phrase qui rendait le Mur pratiquement superflu et après le journal de 20 h 00 de la première chaîne ARD qui avait diffusé la déclaration de Schabowski comme nouvelle de la plus haute importance, les gens affluèrent toujours plus nombreux aux points de passage frontaliers, où la situation resta tout d´abord entièrement confuse. Ce n´est que lorsque le magazine „Tagesthemen“ de l´ARD, à 22 h 30, confirma de nouveau l´information de la chute de facto du Mur que les gardes frontières, pris complètement au dépourvu, renoncèrent à tout contrôle sous la poussée de la vague humaine.

Pendant les jours suivants aussi, on s´abstint de toutes les formalités aux points de passage avec Berlin-Ouest. La ville entière était ivre de joie, sur le Kurfürstendamm l´ambiance dominante était celle d´une fête populaire, de nombreux restaurants distribuaient gratuitement des boissons aux visiteurs. Après plus de 28 ans, le Mur avait perdu sa fonction séparatrice.

Un nombre toujours croissant de points de passage entre les deux moitiés de la ville furent ouverts par la suite, de même que la Porte de Brandebourg, le 22 décembre 1989. La démolition du Mur à l´intérieur de la ville se fit entre juin et novembre 1990. Des „chasseurs de souvenirs“ du monde entier, qu´on appelait les „pics-verts du Mur", s´étaient emparés entre-temps d´un morceau de ce symbole de la guerre froide. Aujourd´hui, les personnes intéressées peuvent suivre l´ancien tracé du Mur sur 20 kilomètres dans le centre de la ville. Il est marqué en partie par une ligne rouge, en partie par une double rangée de pavés de granit incrustée dans la rue.

 Voici quelques dates importantes qui retracent l’histoire de ce mur :

13 août 1961 : Une frontière de béton scelle la division de l’Europe. Mais comment en est-on arrivé là ?

De 1961 à 1989, le Mur de Berlin a divisé l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est. Il était cependant bien plus qu’une ligne de démarcation entre deux Etats : l’incarnation de la division politique du continent européen à l’heure de la Guerre froide. L’édification de ces immenses pans de béton devait rendre imperméable la frontière entre l’Europe centrale et orientale communiste et l’Europe occidentale démocratique.

A proprement parler, l’histoire du Mur commence le 8 mai 1945, avec la capitulation sans condition de l’Allemagne. Le pays est alors divisé en quatre zones d’occupation, plus Berlin, conformément aux accords passés entre les quatre puissances. L’ancienne capitale du Reich hitlérien est elle aussi divisée en quatre secteurs, dont la responsabilité échoit aussi respectivement aux Etats-Unis, à l’Union soviétique, à la Grande-Bretagne et à la France, réunis au sein d’une Kommandantur Interalliée. Mais les tensions entre les grandes puissances s’accroissent à mesure que s’éloigne la Seconde Guerre mondiale. La Guerre froide commence, et Berlin va très rapidement devenir un enjeu majeur dans le conflit est-ouest qui se dessine, le point névralgique de la Guerre froide en Europe

La coopération entre les quatre puissances occupantes prend fin en 1948, lorsque l’Union soviétique suspend sa participation au sein du Conseil de Contrôle Allié et de la Kommandantur Interalliée. Les tensions s’accentuent : c’est le blocus de Berlin. Du 24 juin 1948 au 12 mai 1949, l’Union soviétique coupera toutes les communications terrestres entre Berlin-Ouest - enclavée au sein de la zone d’occupation soviétique - et les zones d’occupation occidentales. Les habitants de Berlin-Ouest ne devront leur subsistance qu’à un gigantesque pont aérien, grâce auquel les puissances occidentales approvisionnèrent la ville. Moscou renonça au blocus, mais celui-ci accéléra la division. La même année, en 1949, chacun des deux Etats allemands - la République Fédérale d’Allemagne (RFA) à l’ouest et la République démocratique allemande (RDA) à l’est - voit le jour.

A la fois vitrine officielle de chacun des deux systèmes et enclave occidentale en terrain communiste, Berlin n’en demeure pas moins un point de passage entre les deux Allemagne, et un point de cristallisation et de tensions. Le 17 juin 1953, un soulèvement populaire éclate à Berlin-Est. Il sera écrasé dans un bain de sang par les chars soviétiques. Durant les années 1950, de nombreux habitants de la RDA profitent de la situation de Berlin pour fuir la RDA, et échapper à la pression politique et économique du régime. Cet exode massif de l’est vers l’ouest s’apparente à une hémorragie qui s’épanche au travers de l’enclave de Berlin.

Le 15 juin 1961, Walter Ulbricht, Président du Conseil en RDA, déclare encore dans une conférence de presse que « personne n’a l’intention d’ériger un mur ». Mais le 12 août 1961, le Conseil des ministres de la RDA décrète la fermeture de la frontière tout autour de Berlin-Ouest. Walter Ulbricht signe une directive visant à séparer de l’Ouest Berlin-Est et la RDA : il faut « mettre un terme aux activités belliqueuses des forces revanchardes et militaristes de l’Allemagne de l’Ouest et de Berlin-Ouest » et, à cette fin, « assurer à la frontière avec Berlin-Ouest une surveillance fiable et un contrôle efficace, afin de barrer la route aux menées subversives ». En clair : les citoyens de la RDA ne peuvent plus franchir la frontière que munis d’une autorisation spéciale. Plus de deux millions et demi ont déjà fui le régime totalitaire depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il s’agira donc de construire une muraille de 43 kilomètres pour stopper l’hémorragie vers Berlin-Ouest

La construction du Mur de Berlin débute dans la nuit du 12 au 13 août 1961. A minuit, des policiers et des soldats de la Volksarmee (Armée nationale Populaire) commencent à arracher des pavés, à dérouler des fils barbelés, et à installer des pieux et des barricades. Des chars patrouillent dans les quartiers avoisinant les trois secteurs occidentaux. La circulation du métro est interrompue entre les deux parties de la ville. De part et d’autre, les Berlinois regardent, déconcertés et bouleversés, les barrages se dresser. Le Bourgmestre de Berlin, Willy Brandt, déclare le soir même dans son discours à la Chambre des députés de Berlin : « Le Sénat de Berlin lance à la face du monde entier une accusation contre les mesures illégales et inhumaines prises par ceux qui divisent l’Allemagne, qui oppriment Berlin-Est et menacent Berlin-Ouest [.]. »

Il suffit de quelques jours pour que surgisse sur plus de 43 km une muraille en béton haute de quatre mètres. Elle est flanquée, du côté est, de clôtures en grillage, de fossés anti-char et anti-véhicule, de dispositifs d’alarme, de chemins de ronde, éclairée par d’innombrables projecteurs, couronnée par des miradors et surveillée jour et nuit par des soldats et des chiens policiers. Les dirigeants de la RDA ont créé le « ruban de la mort » (Todesstreifen). Son franchissement s’avère une entreprise mortelle.

Le Mur coupe 193 rues principales et adjacentes. Les mesures de bouclage entraînent également la fermeture de huit lignes de train urbain et de quatre lignes de métro. Dans le secteur soviétique, la totalité des 48 stations de train urbain ainsi que 13 stations de métro sur 33 sont fermées à la circulation inter secteurs. Avant le 13 août 1961, la limite entre les secteurs pouvait être franchie en 81 points de passage. A partir du 13 août, 69 de ces points sont murés ou fermés par des barbelés. Le 14 août, la porte de Brandebourg est murée.

 9 novembre 1989 : le mur tombe !... Mais pourquoi ?

Le 9 novembre 1989, le Mur qui divise Berlin, l’Allemagne et l’Europe depuis 28 ans s’écroule. Il est près de 19 heures lorsque Günter Schabowski, membre du Politbüro du parti SED, annonce devant les caméras de télévision, au cours d’une conférence de presse internationale, un nouveau règlement qui autorise la possibilité pour les citoyens de RDA de demander des visas pour la RFA. Un journaliste italien lui demande à partir de quand cette mesure prend effet. Il répond que, à sa connaissance, elle entre en vigueur « immédiatement, sans délai ». La nouvelle n’était pas autorisée telle quelle par le gouvernement de la RDA, mais elle se répand comme une traînée de poudre dans toute la RDA. Elle conduit à l’ouverture des postes frontières à Berlin. Le Mur s’écroule. Le slogan si célèbre, scandé lors des manifestations des derniers mois prend alors tout son sens :« Nous sommes le peuple ».

Cette date historique avait été précédée par des fuites massives de RDA durant l’été 1989. 6.000 citoyens d’Allemagne de l’Est se sont alors réfugiés à l’Ambassade de RFA à Prague. Par milliers, ils ont franchi la frontière austro-hongroise, ouverte depuis septembre aux émigrés de la RDA.
Simultanément, une vague de protestations s’élève aux cris de : « Nous sommes le peuple » (« Wir sind das Volk »). Lors de ces manifestations, l’opposition interne à la RDA qui veut défendre les droits civiques exprime pour la première fois publiquement ses critiques et ses revendications. Les « manifestations du lundi » (Montagsdemonstrationen) à Leipzig en sont restées le symbole.

Ces deux facteurs font chanceler les structures de la RDA. De surcroît, on s’aperçoit rapidement que, cette fois-ci - contrairement à 1956 en Hongrie, 1968 à Prague ou 1980 en Pologne - l’Union soviétique ne songe pas à réprimer les manifestations par la force. Sous la pression de la « révolution douce », les dirigeants de la RDA démissionnent.

Ce renversement pacifique en RDA ouvre la voie à la réunification des deux Etats allemands - ce que beaucoup ne croyaient plus possible. Elle est précédée par les premières élections libres de la Chambre du peuple en RDA, le 18 mars 1990, par la signature du Traité sur l’union monétaire, économique et sociale le 18 mai 1990 et par celle du « Traité 2 + 4 sur le règlement final relatif à l’Allemagne » le 12 septembre 1990. La nuit du 3 octobre 1990, des milliers de personnes peuvent célébrer la réunification, devant le bâtiment du Reichstag à Berlin. L’unité étatique de l’Allemagne est rétablie après plus de quatre décennies.

 Aujourd’hui, quelques rares vestiges

Deux décennies après ces événements, dont les images ont fait le tour du monde et dont les conséquences ont profondément modifié l’Europe et le monde, il ne reste du Mur que quelques rares vestiges :

- Check Point Charlie, le légendaire point de passage frontalier, où les forces américaines et soviétiques se firent face.
- Le « East-Side-Gallery » dans la Mühlenstraße, un pan du Mur, peint du côté Est après l’ouverture des frontières.
- Le Mémorial du Mur de Berlin, un monument en souvenir de la division de la ville et en mémoire des victimes de la dictature communiste.
- Le centre de documentation du Mur de Berlin, dont l’objectif est de rechercher et d’analyser les témoignages de l’histoire du Mur.
- La Chapelle de la Réconciliation, qui se trouvait, depuis la construction du Mur, dans la bande de terrain minée et qui elle-même était divisée en Est et Ouest.

Ces centres commémoratifs rappellent la division forcée de Berlin et ils rendent hommage aux victimes du Mur. En dehors de ces quelques souvenirs, il reste peu de traces visibles car les habitants de l’époque avaient souhaité que ce symbole de la partition allemande disparaisse au plus vite. Ainsi se sont-ils empressés de le démolir - certains d’entre eux emportant chez eux des fragments du mur en guise de souvenirs.

 Témoignages audio

 1. Ralf - Meine Erinnerung an die DDR und die Öffnung der Grenzen

interview
3919 ko - 2min47
- écouter en ligne :

DDR und Wiedervereinigung
B2,1°,Termiale,RDA,chute du mur, réunification
IMG/mp3/02_ralf_rda.mp3

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 2. Julia - Meine Erinnerungen an die DDR

1) Die Öffnung der Mauer
- 2071 ko - 2 min 12
- écouter en ligne :

Mauerfall
B1, souvenirs d’enfance, chute du mur
IMG/mp3/julia1_mauerfall_B1.mp3

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2) Was es bedeutet Pionier zu sein
- 1784 ko - 1 min 54
- écouter en ligne :

Ich als Pionier
B1, RDA, souvenirs
IMG/mp3/julia1_pioniere-ddr_B1.mp3

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3) Jede Klasse hatte einen Gruppenrat
- 1822 ko - 1 min 56
- écouter en ligne :

Gruppenrat in der DDR
B1, RDA
IMG/mp3/julia1_gruppenrat_ddrB1.mp3

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 Articles et témoignages sur le sujet

- En allemand, trois articles sur Kindernetz
- Emission radio bilingue : « Autour du mur de Berlin »
- Dritter Oktober - la réunification allemande
- L’article « Die Wende aus meinen Augen », témoignage
- Audio : « Kerstin : Das erste Mal in West-Berlin nach der Maueröffnung »
- Audio : « Nadja : Erinnerungen an den Mauerfall »
- Audio : « Katja : Meine Erinnerung an den Fall der Berliner Mauer »
- Audio : « Kerstin : Ossi und Wessi, hat das noch was zu sagen ? »
- Audio : « Kerstin : Orangenkauf in der DDR »
- Audio : « Katja : Begrüßungsgeld in West-Berlin »
- Audio : « Björn : Der Tag, an dem die Mauer fiel »

 Quelques liens importants sur cette question :

- Dossier spécial du CIDAL sur 20 ans d’unité allemande
- Wikipedia
- Un site pour des passionnés d’Histoire
- Encyclopédie Universalis
- Parlement européen
- Berlin en ligne
- le journal de TFI du 10 novembre 1989



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