Comment mener les élèves vers l’autonomie en différenciant les parcours d’apprentissage ?

, par Gaby Gurnik

En bref

Domaine de travail : Différencier pour offrir un champ d’action varié aux élèves et les rendre plus responsables et conscients de leur apprentissage sur le chemin de l’autonomie

Problématique : Comment différencier dès la sixième, c’est à dire dès le début de l’apprentissage ? Est-ce judicieux ?

Mots-clés : Différenciation de l’enrichissement des connaissances linguistiques (maîtrise de la syntaxe allemande et du champ lexical spécifique à la météo), entraînements différenciés et évaluation différenciée

Classe concernée par l’expérimentation  : sixième bilangue, 16 élèves

Contexte des activités mises en œuvre :
Bien que les élèves aient tous débuté l’apprentissage de l’allemand dès le mois de septembre, les écarts se sont vite creusés et le groupe est hétérogène. Certains élèves ne tiennent pas en place, sont très bavards, n’arrivent pas à écouter en silence et ne fournissent aucun travail à la maison. Il y a une majorité d’élèves très scolaires et réussissant fort bien, mais qui peuvent manquer d’entraînement à l’oral par effacement.

Mise en oeuvre

Introduction d’un nouveau thème par un travail collaboratif
La séquence est intitulée « Wettervorhersage  ». Une carte de la météo est affichée sur le tableau. Les élèves travaillent en groupe et ont pour tâche d’associer le commentaire qui convient à la carte affichée. Ils disposent pour ce faire de quatre commentaires écrits. Deux ne parlent pas du tout de la météo : « Guten Tag meine Damen und Herren. Präsident Obama kommt morgen nach Berlin … » et « Guten Abend mein Publikum. Wir präsentieren heute ein Europaquizz … ». Les deux autres correspondent à des bulletins météo : « Guten Tag meine Damen und Herren. Hier ist das Wetter von morgen. Im Norden kommt es zu Regen… » et « Guten Tag meine Damen und Herren. Hier ist das Wetter von morgen. Im Norden scheint die Sonne. … ». Un seul convenait, car la carte montrait au nord. Les élèves ont pu comprendre les mots transparents correspondant aux points cardinaux et ont pu retrouver des mots comme « Sonne  » qui avaient déjà été abordés. Le groupe se met d’accord pour présenter un seul commentaire aux autres, ils doivent s’entraîner à le lire ensemble, mais un seul élève sera désigné finalement pour le lire devant la classe. Tous les groupes ont trouvé le « bon bulletin-météo ». C’était le bon moment pour revenir sur le titre de la séquence et quelques propositions de traduction ont suffi pour trouver ensemble « bulletin-météo ». La tâche finale est alors annoncée : vous serez présentateur à la télé de n’importe quel pays et vous présenterez le bulletin-météo à l’oral. La tâche est formulée en allemand : "Du machst die Wettervorhersage im Fernsehen – egal von welchem Land."

A partir d’autres bulletins météo, les mots-clés pour désigner le temps qu’il fait « Temperatur, Norden , Sonne, Regen, Grad » ont été identifiés également en équipes. Certains ont pu faire des propositions de traduction pour « scheint, kalt, heiß, Wind, Wolken ». La mise en commun en plénière nous a permis d’établir une liste assez riche d’expressions et de mots ayant trait à la météo que j’ai distribuée en fin de séance. Les devoirs-maison consistaient à recopier au propre cette liste dans le cahier. J’ai en effet expliqué aux élèves que l’effort d’écriture constitue déjà un début de mémorisation. Les meilleurs élèves ont tout bien copié et accompagné les mots de dessins, les moins scolaires n’ont rien fait et la feuille n’a même pas été collée dans le cahier. Certains perdent systématiquement tout. Un élève n’a même plus de cahier, même après en avoir racheté un.

Prise de connaissance d’un nouveau fait de langue et manipulation en atelier

Devant chaque groupe d’élèves sont disposées sur une table dans le désordre des petites fiches cartonnées de sur lesquelles sont inscrits les éléments de deux phrases différentes présentant le temps qu’il fait. Les fiches ont deux couleurs différentes, chaque couleur correspondant à une phrase. Les élèves doivent reconstituer les deux phrases. Les élèves o effectuent très vite la tâche et veulent présenter leur travail. Le côté « défi » les a beaucoup stimulés. Ils veulent être les premiers à lire leurs phrases, mais la mise en commun révèle des erreurs de nature syntaxique : "Im Norden, die Sonne scheint." et la règle de la place du verbe conjugué doit être à nouveau énoncée. Elle est notée au tableau, recopiée dans les cahiers et les groupes doivent corriger leurs phrases.

Les élèves sont ensuite invités à présenter une mini-météo. Une carte est affichée et un symbole y est appliqué, par exemple des nuages. Les élèves doivent rechercher dans leur mémoire ou dans leurs cahiers les mots correspondants et formuler mentalement une phrase qui indique le temps et mentionne sa localisation sur la carte de l’Allemagne. Il s’agit à nouveau d’un travail de groupes si bien que les élèves peuvent confronter leurs propositions et ceux qui rencontrent des difficultés peuvent se faire aider par les autres. Au sein de chaque groupe, un élève doit être également désigné pour être le présentateur et lire l’énoncé retenu. Lors de la mise en commun, le "public" doit contrôler en particulier la place du verbe conjugué. Mais ils doivent aussi être attentifs aux compétences communicatives, telles l’utilisation de la voix, le regard et la gestuelle.

Complexification progressive, différenciation des productions orales et tâche finale

La salle de classe est aménagée en ateliers : sur un îlot, les élèves peuvent trouver du lexique sur des petites cartes avec la traduction au dos : "Wolken, regnen, schneien, die Sonne, scheinen , im Norden, es, es gibt…". Sur un deuxième îlot, il y a d’autres cartes avec lesquelles les élèves construire des phrases simples. Chaque famille de mots a une couleur différente : les verbes : "ist" et "sind", les compléments de lieu : "Im Süden..." et les sujets : "Wind...". Les élèves peuvent construire des phrases comme "Im Norden ist Sonne. Im Süden sind Wolken". Cet atelier permet aux élèves qui ne maîtrisent que très peu de structures différentes de réussir tout de même un commentaire sur la météo. Une troisième table permet d’associer des énoncés tout faits : "Es regnet" - "Im Norden regnet es" - "Es kommt zu Regen" - "Es gibt Regen im Süden" - "Im Westen ist Regen" au seul symbole météo qui convient, en l’occurrence des gouttes de pluie avec un nuage. Cet atelier permet une prise de conscience de différents niveaux de formulation d’un énoncé. Les élèves les plus assurés peuvent noter dans leur cahier les nouvelles formulations. Une quatrième table permet de reformuler des phrases, mais cette fois si avec un plus grand nombre de verbes conjugués à mettre bien-sûr en deuxième position. Tous les cartons ont la même couleur. Une dernière cinquième table permet de piocher une carte météorologique de plusieurs pays différents (Italie, Allemagne, France , Espagne, Algérie, Turquie) et avec trois symboles à trois points cardinaux différents et de la commenter.

Ces ateliers étaient conçus comme des aides préalables avant la réalisation de la tâche finale. Les élèves étaient libres de se déplacer de table en table soit pour s’exercer aux structures de phrases, pour réviser en autonomie le vocabulaire souhaité considéré obligatoire pour réussir l’oral, pour se retirer dans un coin de la salle et s’entraîner à commenter une carte-météo. Les élèves ont eux-mêmes compris la nécessité d’aller d’abord à la table du vocabulaire, mais beaucoup d’entre eux ont estimé connaître assez de lexique et se sont dirigés vers les tables-structures. D’autres se sont rués sur les cartes-météo, mais ont vite compris qu’ils auraient besoin de plus de vocabulaire et sont revenus à la table du lexique pour travailler son appropriation. Ces ateliers ont été faits pendant trois séances durant trente minutes environ, ce qui a permis aux plus faibles de construire progressivement leurs compétences. Les meilleurs ont pu déjà proposer une production orale à la fin de première séance et ils ont eu la possibilité de recommencer la fois suivante s’ils étaient désireux d’améliorer leur note. Certains ont pu valider un vingt sur vingt à la deuxième séance et ont été invités à changer de carte-météo en complétant la météo par une petite information du monde politique. Pour ce faire, trois dépêches étaient posées sur mon bureau et ces meilleurs élèves se sont efforcés de construire des énoncés à partir des éléments suivants : "am Mittwoch - der amerikanische Präsident- in Berlin – mit Angela Merkel – für eine Konferenz".

Evaluation différenciée

Pour la tâche finale, les élèves devaient produire à l’oral un bulletin météo cohérent sans support pendant l’évaluation. Les critères pris en compte ont été rappelés de manière explicite :
- le bulletin météo devait être différent pour trois régions d’Allemagne également différentes (trois points cardinaux différents)
- la place du verbe conjugué devait être respectée ;
- le propos devait être compréhensible et fluide.
et la grille d’évaluation correspondante a été remise à chaque élève préalablement :

Contenu (trois points cardinaux, trois symboles-météo) ... / 8
Syntaxe : le verbe conjugué …/ 5
La prononciation : discours bien articulé et compréhensible .../ 4
Un discours fluide : d’un bout à l’autre sans trop d’hésitations et entièrement en allemand .../ 3

Un grand nombre d’élèves dont des élèves peu scolaires ont obtenu vingt sur vingt. Un seul élève relativement faible n’a pas réussi à terminer la tâche et n’a pu obtenir qu’un dix sur vingt. Mais une production a été présente et l’évaluation n’a pas été vécue comme un échec.

Bilan

Beaucoup d’élèves ont apprécié cet espace d’autonomie et ont pu se rendre compte des différentes étapes nécessaires à l’élaboration d’un discours spontané et adapté qui ne doit pas se résumer à un discours élaboré à la maison et mémorisé pour les meilleurs. Ils se sont aussi rendu compte de l’importance de la mémorisation préalable du lexique pour réussir une expression en situation. De nombreux élèves faibles qui doivent être surveillés de près ont été plus impliqués dans les apprentissages et motivés par le fait que la tâche était davantage à leur portée. Des élèves très scolaires ont apprécié le travail collaboratif en ateliers. Des élèves très timides et n’aimant pas le bruit ont dû moins apprécier ces moments même si je n’ai pas eu de retour de leur part. J’estime tout de même que cette façon de fonctionner doit être répétée régulièrement dans l’optique d’une prise de conscience des méthodes d’apprentissage par les élèves et d’un plus grand investissement des plus faibles.

Information sur l’auteur

Gaby Gurnik
Collège Gabriel Péri à Bezons

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